Dimanche 6 avril 2008

3/04/2008: Des féministes iraniennes réclament le droit d'être spectatrices de leur sport national. (La Presse)



Le principal stade de soccer d'Iran, le stade Azadi («liberté» en français), à Téhéran, porte mal son nom. Les adeptes féminines du célèbre jeu de ballon ne sont pas libres d'y entrer pour voir des matchs. Mais ce n'est pas faute d'avoir essayé.

Depuis 2005, la jeune féministe Nasrin Afzali se bat aux côtés de plus de 300 femmes iraniennes pour faire tomber la règle qui, depuis la révolution islamique de 1979, leur interdit de voir leurs joueurs de soccer préférés en muscles et en os.

La raison? «Les autorités disent que ce n'est pas bon pour des musulmanes de voir le corps des hommes», explique avec un sourire moqueur la journaliste, blogueuse et militante des droits des femmes âgée de 28 ans.

De passage à l'Université Concordia hier pour assister à une conférence sur le rôle du sport dans les luttes des femmes musulmanes, Nasrin Afzali, qui vit à Téhéran, a pu expliquer comment le voile islamique a servi la cause qui lui tient à coeur en se transformant en objet de militantisme.

Lorsqu'elles ont essayé pour la première fois d'entrer dans le stade Azadi, en 2006, les militantes ont appris à leurs dépens que les gardes du stade n'entendaient pas à rire. Elles ont été encerclées, battues à coups de bâtons, et leurs pancartes ont été détruites.

La deuxième fois, les gardes ont demandé aux protestataires de monter à bord d'un autobus qui devait les conduire à l'intérieur du stade Azadi. Elles se sont cependant vite rendu compte que c'est vers la place Azadi, à des kilomètres de là, que le véhicule les menait.

La troisième fois, les manifestantes ont eu l'idée de faire du voile islamique, qu'elles sont obligées de porter, des pancartes. En rouge, elles ont écrit sur les foulards blancs: «La moitié du stade Azadi est à moi.» Elles ont encore eu droit à une bonne bastonnade, mais les gardes n'ont pu leur enlever leur voile et leur message a été entendu. La société iranienne a été saisie du débat.




Nasrin Afzali et ses comparses ont d'ailleurs connu leur heure de gloire quand le cinéaste iranien Jafar Panahi leur a dédié le prix qu'il a remporté au festival de Berlin pour le film Offside, racontant l'histoire d'une jeune femme qui se déguise en garçon pour assister au match entre l'équipe nationale de soccer de l'Iran et celle de Bahreïn.

Les revendications des femmes aux foulards blancs ont même réussi à ébranler le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier, connu pour ses positions ultraconservatrices sur la place des femmes dans la société (il a déjà suggéré de rendre les trottoirs unisexes), était prêt à ouvrir les portes du stades aux femmes. Mais il a été rappelé à l'ordre. Des ayatollahs, qui ont un droit de veto sur les décisions du président, ont invoqué la loi islamique.

Nasrat Afzali ne baisse pas les bras pour autant. Le combat se poursuit sur des sites web, à la radio et sur les chaînes de télévision satellite de Los Angeles, auxquelles les Iraniens ont accès.

Tout ça pour l'amour du soccer? «Non, je déteste le soccer! laisse tomber la journaliste iranienne. Mais la ségrégation des sexes est une des politiques centrales du régime islamique. Nous avons pensé qu'un des meilleurs symboles pour représenter notre opposition est le stade. Ça nous a permis aussi de rallier les adolescentes, qui ne s'intéressent pas particulièrement aux droits des femmes, mais adorent le soccer.»

Le sport politisé

L'Iran n'est pas le seul pays musulman où le sport est devenu une question politique, signale une des organisatrices de la conférence qui a eu lieu à Concordia hier après-midi, la sociologue Homa Hoodfar. «Plusieurs pays musulmans sont aussi des dictatures. Le sport ouvre aux femmes un nouvel espace démocratique», précise-t-elle. C'est le cas en Égypte, au Nigeria et au Soudan, notamment.

Par ailleurs, l'universitaire rappelle comment le ballon a rebondi jusque dans la cour du Québec l'an dernier lorsqu'une jeune joueuse de soccer a été expulsée d'un match parce qu'elle portait le hijab. «Quand de jeunes femmes portent le hijab au soccer, elles mettent de l'avant leur identité de musulmane, certes, mais elles s'opposent aussi à la tradition qui voit d'un mauvais oeil les femmes qui font du sport.»

Par: Laura-Julie Perreault

29 mars 2008

[Source: http://wluml.org/french/newsfulltxt.shtml?cmd[157]=x-157-561212 ]

par AZRIYAS, lesbiennes et femmes libres publié dans : Féminismes
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Vendredi 21 mars 2008

J'ai mis en exergue quelques passages, les chiffres du premier paragraphe sont extrêmement déroutants, et je pense qu'ils sont encore bien en-deça de la réalité, toutes les femmes violentées n'osent pas se faire connaître ... cet article a le mérite de mettre en lumière le quotidien de la femme dans les pays arabes, à l'instar des pays occidentaux ... deux faits m'ont bousculée, le premier est que ce sont des associations féminines qui tentent de combattre ce fléau (mais que font les hommes de bonne volonté ?) et l'autre fait, qui pourrait paraître mineur pour certains, m'interroge à plus d'un titre: des femmes sont battues par leurs propres enfants.  Ce qui sous-entend que les femmes (conjointement avec leur époux) dans leur ensemble doivent revoir la façon dont elles éduquent leurs fils !



La violence à l’égard des femmes: Viols et enlèvements en nette hausse.


En dépit du fait qu’elles sont devenues un problème de santé publique, la violence à l’égard des femmes continue à prendre de l’ampleur. Une enquête réalisée par la Gendarmerie nationale et rendue publique hier, a confirmé encore une fois la tendance à la hausse de ce phénomène inquiétant.

Si les agressions physiques ont connu une légère baisse, les violences sexuelles, notamment les viols et les enlèvements ont progressé dangereusement et d’une manière inquiétante. Les auteurs de l’enquête ont d’ailleurs séparé les deux types d’agression à travers des tableaux révélateurs. Ainsi, les services de la Gendarmerie nationale ont recensé 1747 cas de femmes violentées en 2001, 1753 en 2002, 2330 en 2003 et 1955 victimes en 2004. Durant ces 4 années, 1928 femmes ont été victimes de coups et blessures volontaires avec arme blanche, 257 ont fait l’objet de tentatives d’assassinat, dont 155 sont mortes, 180 ont été enlevées et violées et 947 victimes d’attentat à la pudeur.
 

 

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2007, une année violente

Les adolescentes représentent 580 cas des violences sexuelles constatées par les services de la gendarmerie, lesquels ont relevé une hausse considérable des violences à l’égard des ascendants. En effet, durant cette période, 817 mamans ont été violentées par leurs enfants, alors que 180 femmes ont déposé plainte contre leur mari pour violence. En 2005, les chiffres indiquent une légère hausse avec 1194 femmes victimes d’agressions. Les violences physiques viennent en première position avec 666 cas, suivies des viols avec 244 cas et des attentats à la pudeur avec 150 cas. Durant cette même période, 33 femmes ont été assassinées et 66 enlevées. L’année 2006 a elle aussi eu son lot de violence avec 896 victimes. Les coups et blessures volontaires viennent en tête avec 435 cas, suivis des viols avec 225 cas. Durant cette même période, 16 femmes ont été tuées et 65 ont fait l’objet d’enlèvement. En 2007, les chiffres relatifs aux violences sexuelles ont connu une hausse sensible. Ainsi, 161 femmes ont subi des violences physiques, 17 ont été assassinées et 51 ont fait l’objet de rapt, alors que 448 ont subi des violences sexuelles. Parmi ces dernières, 278, dont 135 mineurs, ont été victimes de viol ou de tentative de viol, 109 (dont 38 adolescentes) ont fait l’objet d’attentat à la pudeur, 16 ont été enlevées et violées. Pour ce qui est des deux premiers mois de l’année 2008, les gendarmes ont enregistré 8928 affaires de violence contre les femmes. 172 d’entre elles concernent des plaintes pour coups et blessures volontaires (86 sur adolescentes), 50 pour attentat à la pudeur (dont 29 sur mineurs), 32 pour viols (12 sur mineurs), 12 pour meurtre et 17 pour enlèvement (dont 12 mineurs). Ces chiffres sont alarmants et augurent une augmentation importante des violences durant l’année en cours. La catégorie des femmes la plus sujette aux violences sexuelles est celle dont l’âge est compris entre 19 et 28 ans, suivie de celle des mineurs, puis de celle âgée entre 29 ans et 40 ans et en dernière position, la catégorie de plus de 40 ans.

En général, les violences sexuelles ont constitué, en 2007, un ensemble de 1069 affaires, pour lesquelles 1022 personnes ont été écrouées, parmi lesquelles 184 ont bénéficié de la liberté provisoire. Toutes les villes du pays sont concernées, mais la concentration est beaucoup plus remarquée dans les grandes villes. Alger et Sétif occupent la première position avec respectivement 58 et 57 affaires traitées, suivies d’Oran avec 50 affaires, Mostaganem 48 et Chlef 46 affaires. Les wilayas du Sud sont celles où l’on enregistre le moins de violence, ou peut-être de plaintes pour violence. Ainsi, à Tamanrasset par exemple, la gendarmerie a enregistré 5 affaires, à Naâma 3 et à Illizi une seule. L’enquête a mis l’accent sur les graves conséquences de ce phénomène sur la société en général et sur la victime en particulier.

Les violences, a-t-on révélé, engendrent non seulement des séquelles physiques, comme une hémorragie aiguë, des fractures, un handicap ou la mort, et des préjudices moraux, comme la perte de la valorisation de soi-même, la dépression nerveuse, des psychoses, des cauchemars, des angoisses perpétuelles, des maladies nerveuses, la peur des relations sexuelles, le recours à la prostitution par vengeance, aux drogues et à l’alcool, ou enfin au suicide. Autant de conséquences graves qui mettent en péril la stabilité de la cellule familiale et par extension la société.

L’auteur de l’enquête, le lieutenant Ouahiba Boumedienne, a expliqué que ces violences « doivent être considérées comme dirigées contre toute la société et devraient inciter tous les spécialistes à coordonner leurs efforts pour s’arrêter devant cette image de sous-être, projetée sur les femmes. Lorsque la femme sera vue sur un pied d’égalité avec l’homme dans de nombreux pays du monde (...) alors la question des violences à son égard basculera d’une simple affaire de solidarité à celle qui concerne toute une société et qui nécessite une lutte du fait des dommages qu’elle lui cause ». Il est également fait état de l’importance de la prise de conscience des femmes qui doivent être informées de leurs droits, notamment lorsqu’elles subissent une quelconque violence, quelle que soit sa nature. « La politique du silence qui nourrit et encourage les violences doit cesser et les femmes doivent savoir qu’elles ont le droit d’ester en justice leurs agresseurs et exiger une réparation des préjudices moraux et physiques subis (...) Que les Etats mettent en place des stratégies de lutte contre ces violences à travers des dispositifs juridiques et administratifs ainsi que des campagnes de sensibilisation et de vulgarisation de ces instruments de protection (...)

Les viols et les violences sexuelles, la torture, l’esclavage sexuel, le proxénétisme et la stérilisation involontaire doivent être considérés comme étant les crimes les plus abjectes, et lorsqu’ils sont commis avec récidive, ils deviennent des crimes contre l’humanité. » Des recommandations basées sur la situation en Algérie, mais également dans le monde et notamment dans les pays arabes, où même si les chiffres sont rares, les violences contre les femmes constituent un vrai problème. Ainsi, au Qatar, 41% des femmes se plaignent des violences domestiques, alors qu’une autre enquête a montré que 81% des Jordaniens acceptent que le mari batte sa femme pour la corriger, et 70% des auteurs de violences en Syrie sont des membres de la famille de la victime, surtout l’époux. En Egypte, il n’existe aucune statistique du fait que les violences familiales ne sortent pas du cadre de la famille.


Les pays voisins n’y échappent pas

Dans la région du Maghreb (Algérie, Tunisie et Maroc), le problème de ces violences a commencé à être pris en charge dès le début des années 1990 et c’est en 1995 que le premier centre d’écoute psychologique destiné aux femmes victimes de violences a été créé grâce aux efforts conjugués de nombreuses associations féminines. En dépit du fait que beaucoup de victimes ont du mal à extérioriser leur mal, en 2004, ce centre a reçu 1141 appels téléphoniques et pris en charge 808 femmes. Il a reçu également 2489 femmes, prodigué 3574 conseils juridiques et tenu 2489 séances d’écoute. Durant les trois dernières années, le nombre de violences à l’égard des femmes a atteint 28 000 dans les trois pays.

Un nombre effarant, lorsque l’on sait qu’une grande partie des femmes battues ne sont pas recensées. En Algérie, la première enquête nationale sur le phénomène des violences, publiée en 2007, a montré que 50% des agressions sont familiales, alors qu’un quart des violences est commis par les enfants contre leur maman. L’enquête de la gendarmerie a indiqué également que sur 1809 victimes recensées par l’association Femme, les auteurs sont en premier lieu le mari, suivis des frères, alors que 1309 victimes ont été agressées par des étrangers. Dans le volet consacré aux lois, l’enquête indique que les législateurs ont mis en place un dispositif répressif contre ces violences, qu’elles soient physiques, sexuelles ou morales.


Par: Salima Tlemçani

20 mars 2008

 

[ Source: http://wluml.org/french/newsfulltxt.shtml?cmd[157]=x-157-561044 ]

(El Watan, 20/03/2008)



par AZRIYAS, lesbiennes et femmes libres publié dans : Féminismes communauté : Culture Lesbienne
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Dimanche 10 février 2008
 
 
… vu par une universitaire algérienne, qui tente d’analyser la nouvelle donne pour les femmes en Algérie : elle fait un état des lieux des différents mouvements féministes et souligne la visibilité grandissante des femmes, qui investissent un nombre de plus en plus important de secteurs.
Elle évoque également le rôle politique que la femme algérienne a joué durant la guerre d’indépendance, ce qui a lui permis de prétendre à des droits politiques et sociaux très tôt. Contrairement à d'autres femmes arabes.

Et c’est à mon sens ce qui fait la particularité des femmes algériennes dans le monde maghrébin, les hommes (algériens) eux-mêmes reconnaissent qu’ils leur sont largement redevables. Et qu’elles ont été des partenaires égaux (en ville, dans le maquis, dans l’organisation de l’insurrection, etc). Mais dans les faits, depuis la proclamation de l’indépendance algérienne, elles ont regagné le bercail … même si depuis quelques années, elles battent le pavé (et quelle belle énergie!)… et puis,  il reste encore cette humiliation permanente que constitue le Code de la Famille. Que ses détracteurs nomment CODE DE L'INFAMIE.
 
Parmi les mouvements féministes cités par l’auteure de cet article, il y en a un qui a attiré mon regard : c’est le féminisme islamiste. Ce qu’en dit l’auteure est extrêmement intéressant.
Déjà, elle distingue différentes motivations chez les porteuses du hijab, et d’autre part, elle insiste bien sur ce qui fait le féminisme de ces femmes musulmanes : en fait, elles distinguent, dans le Coran, les figures féministes (ai-je envie de dire) de Khadija et Aïcha, la 1ère et la dernière femme du Prophète. Khadija était une commerçante veuve et Aïcha était, de toutes les épouses du Prophète la favorite (et qu’on ne vienne pas me dire qu’il les aimait toutes avec la même intensité et les traitait de la même façon). En fait, elles se concentrent sur les points positifs du Coran … et le reste ? Je n’arrive toujours pas à concevoir que l’on puisse être religieuse et féministe.
 
Je ne m’érige pas en connaisseuse parfaite de ce terrain, par conséquent, s’il venait à passer par ici, des lecteurs avisés et éclairés sur la question, qu’ils viennent nous faire part de leur opinion. Ce blog vise l’échange avant toute chose.
 
Je vous invite à lire l’article jusqu’au bout, il offre des pistes de réflexion pertinentes et des propositions intéressantes.
 
 

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Quelle Problématique pour le féminisme algérien ?
Par : Saliha Boudeffa
 
 
 
Dans cet exposé, je voudrais surtout amener quelques éléments de réflexion nécessaires à la mise en place de stratégies relatives au féminisme, à la citoyenneté ou de manière plus générales à la question féminine. Je me suis posé deux questions : y a t il un féminisme et quelle sont ces formes ? Quels sont les éléments dont il faudrait tenir compte et comment les féministes algériennes vont se positionner par rapport aux nouveaux enjeux et aux changements (les nouveaux désordres mondiaux) internationaux qui influent nécessairement sur la société algérienne.  
 
Je voudrais souligner que les formes de lutte du féminisme maghrébin ne sont pas et ne seront probablement jamais les mêmes que les formes du féminisme occidental, nous n’avons pas affaire au même contexte, ni aux mêmes sociétés et il faut garder l’ouverture d’esprit nécessaire pour comprendre certains phénomènes complexes (comme l’islamisme) qui peuvent paraître simples mais dont les effets sont contradictoires sur la société.   
 
On ne peut pas réfléchir hors contexte international et on doit tenir compte de la mondialisation qui a des effets sur toutes les sociétés de la planète avec l’introduction des privatisations, l’ouverture des marchés nationaux et la libéralisation sauvage. Ceci rend la situation des femmes de plus en plus précaire à cause de la remise en cause des acquis sociaux (1) (l’emploi n’est plus protégé comme au temps du socialisme)(2). L’exigence de bonne gouvernance amène les institutions internationales à s’immiscer de plus en plus dans les affaires des Etats nationaux et limitent leur souveraineté et leurs politiques sociales . On connaît les effets de l’ajustement structurel sur les femmes dans les pays d’Afrique au cours de la décennie 80, qui a renforcé la pauvreté et a eu des effets sur les dépenses d’éducation et de santé.   
 
On doit aussi réfléchir dans le contexte national où les luttes autour du pouvoir entre divers courants politiques dont le courant islamiste sont de plus en plus exacerbées. On garde à l’esprit ces éléments en abordant les problèmes liés à la question féminine.  

 
Quelques remarques sur les changements dans la société algérienne 

  
Les transformations dans la société algérienne  

Dans la société algérienne, il y a des transformations importantes qui doivent nous amener à repenser les catégories d’analyses et les approches vis-à-vis de la question féminine. C’est un travail qui reste à faire de la part des chercheurs et des groupes de femmes. Les changements auront des effets à moyen terme et à long terme. Ces changements sont de plusieurs ordres mais je ne noterai que quelques uns qui me paraissent pertinents.  
 
La visibilité dans l’espace public, les femmes sont nombreuses et on assiste à une féminisation de plusieurs secteurs d’activité et de plusieurs institutions : à titre d’exemple les étudiantes sont plus nombreuses à l’université et en 2006 : 56% des bacheliers étaient des bachelières,
- la féminisation du secteur de la santé (prés de 70% du secteur médical et para médical),
- la féminisation des médias qui est un secteur stratégique pour tous et qui peut amener des transformations dans l’image de la femme,
 - la féminisation du secteur commercial et du secteur de la distribution qui les rend à la fois plus visibles mais en même temps les fragilise, ces travailleuses peuvent être exploitées sans possibilité de s’organiser et être à la merci des petits patrons (harcèlement sexuel ou moral, précarité dans les revenus),
- la féminisation du secteur de la justice.
Au niveau de la législation des changements ont été apportés : amendements au code de la famille et une loi sur le harcèlement sexuel. Ces changements, inconnus il y a 20 ans, vont produire des effets à moyen terme et le mouvement des femmes devrait en tenir compte dans l’élaboration de ses stratégies, si l’on veut élaborer des stratégies efficaces de mobilisation des élites et des masses féminines.


Les mouvements de femmes

Pour faire rapidement, je voudrais distinguer trois types de féminisme : le féminisme officiel, c’est par exemple les programmes du Ministère délégué à la condition féminine, le féminisme des organisations (ONG d’essence laïque mais qui ne le revendiquent pas ouvertement) et le féminisme islamiste.
Les femmes algériennes en tant qu’acteur politique ont émergé réellement pendant la guerre de libération nationale (3) et ont été extrêmement médiatisées par la presse internationale de l’époque. Ce passé « héroïque » des femmes a contribué à forger une idée de l’émancipation des femmes par l’acquisition des droits politiques et sociaux.

Les termes du discours politique dominant sont tour à tour « libération », « émancipation », « promotion » ou « évolution » connotant, selon les acteurs, l’idée même qu’ils se font du « retard » féminin. Les femmes elles-mêmes désormais mesuraient leur condition par référence à un modèle « moderniste ». Progressivement les mouvements de femmes se diversifient pour donner lieu à deux tendances distinctes (l’une d’inspiration laïque, l’autre d’inspiration islamique) (4).

Globalement et qu’elles le signifient ou pas, les femmes porte-parole de ces mouvements font partie des élites féminines privilégiées parlant au nom des « masses féminines ». En dehors des étiquettes, souvent politiciennes que l’on colle, on peut dire (parce qu’il n’y a pas moyen de le dire autrement) qu’il y a un féminisme laïc et un féminisme islamiste (5) surtout si elles se revendiquent elles-mêmes ainsi, en tant qu’acteur (6).

Quant au féminisme « officiel », lié au parti unique, il a cessé de monopoliser dans le contexte actuel la question féminine, débordé sur ses deux côtés. Ce sont les travailleuses qui constituent la base sociale du mouvement féminin laïc ou islamiste.


Le féminisme officiel ou féminisme d’Etat : c’est le ministère délégué de la condition féminine dont les pouvoirs sont extrêmement limités. Jusqu’aux années 1990, le féminisme officiel se manifestait dans l’organisation nationale des femmes algériennes (UNFA) devenue actuellement une organisation indépendante de l’Etat mais restée proche du FLN dont elle était une organisation satellite (organisation de masse), Cette organisation s’est reconvertie dans le « soutien au président » et a participé activement à la campagne électorale présidentielle de 2004.

Le féminisme « laïque »  : je garde ce mot entre guillemets mais il fait référence aux groupes et collectifs qui ont créé des associations dites indépendantes. Le féminisme « laïc » (qu’il ait été officiel, à l’époque du parti unique ou autonome aujourd’hui) revendique une citoyenneté fondée sur le travail salarié et l’égalité juridique dans la famille (7). Les revendications des « féministes laïques » portent sur l’abrogation du code de la famille, le droit inconditionnel à l’emploi, la majorité civile au même âge que l’homme. Mais dans le contexte algérien, c’est fondamentalement le problème même de la laïcisation de la société qui est posé (le lien entre « laïcité », égalité des sexes et modernité est constant)(8).
L’activité de ces organisations consiste souvent en l’organisation de séminaires, rédaction de pétitions, centres d’écoutes téléphoniques et juridiques et autres activités de formation (genre, code de la famille). Ses références et ses actions procèdent des traditions et méthodes occidentales.

Le féminisme « islamiste »  : (Malgré le fait que certains refusent ce qualificatif à ce mouvement) est peu visible mais travaille la société en profondeur par des actions de proximité : à titre d’exemple beaucoup de jeunes étudiantes sont dans les instances de l’UGEL (Union des étudiants libres, proches du parti MSP - Hamas). Si ses élites sont instruites, il est plus implanté dans les milieux populaires et se distingue par le choix vestimentaire du port du voile islamique dont les motivations sont diverses (9). Il manifeste malgré tout une adhésion à la religion quoique beaucoup disent souvent que c’est un cache misère. Fondamentalement, c’est la démonstration de leur soumission à Dieu (il ne faut pas oublier que le terme Islam veut dire soumission) en priorité puisque le hidjab est porté parfois sans l’accord des parents et même dans une lutte conflictuelle avec eux. Leur interprétation de l’Islam insiste sur l’aspect positif du Coran et sur les figures symboliques les plus importantes de l’Islam : Khadjija et Aïcha(10), les femmes du prophète. Il ne faut pas oublier que la société traditionnelle excluait les femmes du religieux officiel, leurs pratiques étaient considérées comme des pratiques sataniques (sorcellerie, rites...). 
Les femmes islamistes luttent aussi contre ces pratiques considérées comme un faux islam. Mais entre leur discours et leurs pratiques concrètes (qu’il faudra bien analyser un jour) on peut émettre l’hypothèse que les choses ne sont pas aussi simples (11). Mais ces femmes retrouvent à partir de la mosquée une sorte de sociabilité et recréent un monde de femmes qui a été éclaté par la modernisation brutale, mais tentent aussi un processus d’affirmation de soi individuelle (12) contre la famille grâce à la religion. Ce qui va relativement à l’encontre de l’idée qu’elles veulent se réserver au foyer, à l’espace privé bien qu’elles revendiquent une identité de mère et une citoyenneté « religieuse ».
Mais tous les féminismes se projettent comme avant-garde sociale. Leurs pratiques militantes visant à mobiliser la société féminine autour des enjeux sociaux.



Les thématiques développées : 

Trois thèmes sont dominants aujourd’hui dans les approches des organisations:
1. La focalisation sur le genre : formation de cadres associatifs, encouragée et financée par les bailleurs de fonds, ONGS ou institutions Onusiennes qui touchent les femmes des institutions gouvernementales, les ONG laïques mais dont les femmes islamistes sont plus ou moins exclues. On a ainsi un potentiel de cadres associatifs formés dans la thématique du genre qui pourraient s’organiser pour élever le niveau des interventions de la société civile.

2. La participation politique des femmes dans les instances législatives et exécutives, les partis politiques : à titre d’exemple un mémorandum à été élaboré grâce à l’UNIFEM et en collaboration avec les femmes parlementaires et les femmes issues d’autres partis politiques pour discuter des quotas et soulever le problème de la parité dans les institutions politiques et législatives.

3. la violence envers les femmes : des études issues du centre national de santé publique, des associations ont mis en place des centres d’écoutes psychologiques avec la collaboration des fondations : par exemple le centre d’écoute de SOS femmes en détresse qui est parmi les premiers, la mise en place de réseau comme le réseau wassila (orientation, hébergement et prise en charge des personnes).
Il faut faire remarquer que deux thèmes sont exclus : l’avortement et la sexualité hors mariage ou la sexualité juvénile.

Sont identifiées ainsi plusieurs actions ponctuelles de la part de ces organisations mais on ne peut parler d’un mouvement ou d’une lame de fond susceptibles de transformer radicalement les choses. La capacité de négociation de ces groupes se révèle extrêmement limitée et diverses actions sont menés en rang dispersé et ne contribuent pas à construire un mouvement féministe et à augmenter ses capacités de lutte et d’intervention.

Certaines organisations ont toujours le projet d’arriver à une plate forme minimum entre toutes les organisations mais le terrain reste difficile, la quasi exclusion des femmes islamistes du débat ne contribue pas à préparer une relève chez les jeunes générations.

Il faut relever que la moyenne d’âge des cadres du mouvement et des groupes de femmes tourne autour de 40 et 50 ans, élites héritières du système colonial dont elles ont reçu l’éducation. Les jeunes générations qui représentent l’immense majorité dans un pays démographiquement jeune ne sont pas mobilisées, ce sont les étudiantes d’aujourd’hui qui fabriquent la synthèse entre l’islam et la culture mondiale (symbolisé dans la mode) ces jeunes qui écoutent à la fois Amrou Khaled de la TV arabe satellitaire IKRRA et les chanteurs égyptiens ou occidentaux dont on devrait analyser les aspirations. Amrou Khaled a un succès immense auprès de cette jeunesse (tous ses Cd -Rom sont vendus en Algérie) car il évoque tous les problèmes sans tabou comme l’amour, le sida, la compréhension au sein du couple... Ces jeunes sont aussi influencées par les effets induits par l’intégration du pays dans le processus capitaliste où la mode a un poids énorme (il n’est pas étonnant de trouver à Alger des jeunes filles habillées dans cette nouvelle mode : foulard, pantalon et tee-shirt absolument à la mode). Tout cela pour souligner l’échec dans la transmission des expériences de lutte et de vie de la part des élites féminines aux jeunes générations.

Ces deux remarques donc : incapacité d’avoir une vision commune et échec de la transmission des luttes aux jeunes générations me poussent à dire qu’il y a encore plusieurs obstacles à dépasser pour arriver à un mouvement de femmes suffisamment puissant et capable d’influencer les pouvoirs publics.

1. Mettre des ponts entre générations puisque les organisations les plus visibles (organisations qui possèdent les ressources et les relations internationales) sont coupées des jeunes générations en faveur de la promotion des jeunes femmes et de contribuer à leur formation et à leur motivation afin de préparer une relève sinon elle sera exclusivement menée par les courants islamistes. Comment ? C’est le défi que doivent relever les organisations.

2. Tenir compte de l’Islam : La donne de l’Islam est incontournable, alors il vaut mieux travailler avec cette donnée que de l’ignorer (aux prochaines élections législatives on verra si les groupes de femmes vont travailler ensemble pour favoriser les candidatures féminines). La référence à la religion est un élément clé de la société algérienne : on ne peut pas faire comme si cela n’existait pas. Il s’agit de trouver les biais pour amener un débat entre tous les groupes et surtout identifier ce qui peut unir les femmes aujourd’hui plutôt que ce qui peut les diviser. S’il n’y a pas de dialogue possible sur certains problèmes (exemple : l’avortement) il peut y avoir unité sur d’autres (par exemple : le harcèlement sexuel, la participation politique etc.)

3. Enfin, il faut partir des problèmes réels et des besoins des femmes et non appliquer des orientations extérieures qui répondent plus parfois aux besoins des organismes internationaux (banque mondiale, institutions onusiennes, divers bailleurs de fonds). La coopération doit servir les intérêts de ces populations et non l’inverse. Par exemple, on voit actuellement plusieurs séminaires sur les femmes organisés par le département d’Etat américain dans le sens de la politique du Grand Moyen Orient et dont le but évident d’obtenir des élites féminines arabes une adhésion totale à la politique américaine au Moyen Orient .



En conclusion

Il y a une complexité des enjeux nationaux et internationaux (domination patriarcale et mondialisation). S’agissant de la société algérienne, il y une sorte de crispation identitaire au niveau de certains mouvements qui me parait être un effet direct de la situation coloniale et qui en porte encore les séquelles. Un responsable français de l’époque disait : « ayons les femmes, nous aurons le reste » ce qui souligne l’idée et la croyance que les femmes sont la base de la société. Et ceci a durablement traumatisé la société algérienne.

Bien sûr, l’Etat colonial n’a en rien changé la situation des femmes, mais les femmes sont « devenues » durablement les principales « gardiennes » des valeurs nationales et considérées comme telles par tous les pouvoirs et tous les groupes sociaux : le lien ténu entre l’identité culturelle et les femmes est devenu prééminent dans l’esprit de la société ( gardienne des traditions, gardiennes de la langue pour certains groupes, gardiennes de la religion) : toute la thématique anticoloniale du mouvement de libération a magnifié ce rôle : il en reste des effets et les traumatismes psychologiques sont toujours plus difficiles à effacer. Le discours sur les femmes n’est jamais innocent, ni indifférent aux enjeux conflictuels entre les groupes sociaux et entre les Etats du Nord et les Etats du Sud. Il faut y réfléchir pour éviter les crispations identitaires que l’on ressent aujourd’hui. Enfin ce qui est proposé aux femmes aujourd’hui (la modernité) n’est pas clairement défini. Il y a une difficulté réelle pour définir la modernité s’agissant des femmes.

Contrairement aux mouvements islamistes qui ont des références culturelles plus ou moins partagées par la société ou du moins qui s’y identifient, les élites modernes apparaissent souvent comme « extérieures » au corps social ou trop lointaines. Il faut sans doute dire que les discours politiques modernes se contentent souvent d’affirmer des incantations comme « faire de la femme une citoyenne à part entière » mais ne donnent pas les moyens aux femmes de le devenir. Il y a une vraie réflexion à mener au sein du mouvement des femmes, et avec toutes les femmes sans exception pour identifier les besoins, les désirs des femmes et surtout les priorités pour elles aujourd’hui. Les prochaines élections locales et législatives (2007) devraient être un moment de confrontation et de collaboration bénéfique entre tous les groupes de femmes. Nous verrons.

Saliha Boudeffa
Chargée de cours à la Faculté de Sciences Politiques et de l’Information
Université d’Alger
Notes :
1. Voir les cahiers "Genre et Développement". "Genre, mondialisation et pauvreté, Nº2,2002, Genève.
2. Cf. la communication de Aïcha Kouadri. Les femmes salariées permanentes sont passées de 69,6% en 1996 à 52% en 2003 et le mouv ement va en s’amplifiant. In : "Accès des femmes aux postes de décision", communication Rencontre "Stratégies pour les Droits des Femmes en Méditerranée", Novembre 2006.
3. Fanon, F. Sociologie d’une révolution, Maspero, Paris 1975.
4. Il n’y a rien d’étonnant à cela, la société dans son ensemble a évolué ainsi. Cf. P. Burgat, L’Islamisme au Maghreb, Paris, Karthala 1988. Botineau, Al Hanaf et Fregosi,F. l’Algérie par ses islamistes, Paris, Karthala, 1991.
5. Bien sûr qu’elles ne se revendiquent pas en tant que telles dans leurs discours mais auraient tendance à s’inscrire dans le concept de modernité.
6. De même, il me parait abusif d’accorder aux femmes une détermination idéologique spécifique, surtout lorsqu’elles se présentent sur la scène politique comme actrices et négocient sur le même terrain car "le terme acteur peut donner l’impression de la souveraineté mais il parle de lui-même pour qui veut l’écouter. L’acteur est un récitant qui par le détail de sa narration et de sa gestualité interprète un scénario, ce n’est jamais que la variation d’un thème prescrit", Govaerts, F. Pge 124
7. L’égalité des sexes est codifiée dans les trois constitutions algériennes (1963, 1976 et 1989)mais pas dans le code de la famille, adopté en 1984. L’histoire du code de la famille (inscrit à l’ordre du jour depuis 1963) est significative de l’enjeu des luttes sociales que représentent les femmes. Il n’était pas facile de codifier à l’interieur de la famille, considèrée comme sphère privée où l’Etat n’avait pas le droit de pénétrer sans s’attaquer à la "liberté" des individus, mais encore l’existence d’un droit musulman fixé depuis des siecles était consideré comme un rampart contre le droit positif occidental. les points de controverses fondamentaux sont la majorité civile des femmes, le divorce, l’héritage et la nafaqua.
8. Saliha Boudeffa : "Travail au féminin : identité et société en Algérie, Quelles perspectives ?" Travail final présenté en vue de l’obtention du diplôme de troisième cycle en Population et Développement. Université de Louvain La neuve. Belgique 1992.
9. A ce propos Belhassar Souhayr "Femmes tunisiennes islamistes", in Le Maghreb musulman en 1979. Paris, CNRS, 1981,pp 77-94.
10. Aïcha était la dernière femme du prophète . Elle avait dirigé la guerre contre le dernier Calife et l’avait perdue, mais aux yeux des musulmans, elle a créé une "fitna" (c’est à dire une guerre civile). Les musulmans n’ont cessé depuis de divulguer un hadith soutenant que "ne connaitra jamais la prospérité un peuple qui confie ses affaires à une femme", d’où l’idée de l’exclusion des femmes de la politique. Mais Mernissi tente à partir de sources historiques de montrer que la fabrication de faux hadiths était devenu une spécialité dans les luttes pour le pouvoir. Le harem politique, chap.II
11. De par mon observation personnelle, les femmes en hidjab que l’on rencontre chez les talebs et les marabouts sont aussi nombreuses que les femmes sans hidjab.
12. Ferchiou, S. "Dès le moment où elles acceptent de porter le voile, symbole de l’intériorisation de l’idéologie intégriste et de leur discours identitaire, les femmes acquièrent le droit de participer aux activités militantes. Pour l’entourage familial, elles deviennent comme asexuées, elles peuvent sortir seules, aller où elles veulent et quand elles le veulent, même la nuit s’il le faut. L’adhésion au mouvement, symbolisé par le voile, leur confère un certain prestige et un rôle de leader auprès des autres femmes...". Pouvoir, contre pouvoir et société en mutation, in Peuples méditerranéens, 48-49, juillet-décembre 1989, p.90
Communication présentée lors de la Rencontre Internationale :
"Stratégies pour les Droits des Femmes en Méditerranée"
El Prat de Llobregat,16-19 novembre 2006
ACSUR-Las Segovias, en collaboration avec "Femmes en Réseau" (- Mujeres en Red -)et "Plateforme pour les Droits Humains des Femmes" (Plataforma para los DDHH de las Mujeres)
Et l’appui de AECI et de ACCD.
Pour consulter le programme de la Rencontre :


28 décembre 2006
 
 
 

 

par Azriyas, femmes libres publié dans : Féminismes
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Mardi 29 janvier 2008

Drame à Clichy-sous-Bois (par Lucie.P)

Dans la nuit du 15 au 16 janvier 2008, une jeune femme, Fatima, a été assassinée par sa famille pour des raisons encore incertaines.

Il semblerait que la jeune fille ait eu, au regard de sa famille, un comportement indigne, en raison notamment, de sa consommation d’alcool.
C’est donc en rentrant de son travail que Fatima aurait été frappée par ses frères puis poignardée par sa mère. Les circonstances de cet acte ne sont toujours pas claires, surtout en ce qui concerne l’implication des deux frères de Fatima dans son assassinat.


Cependant bien qu’on ne connaisse pas le déroulement exacte de la soirée qui fut fatale à la jeune femme, une chose est sure : Fatima a commis une seule erreur, celle d’être née femme.

En effet, son comportement jugé scandaleux par sa famille, était celui d’une femme qui se voulait libre, libre de travailler, libre de mener sa vie comme elle le souhaitait !
C’est donc encore une fois une femme qui meurt pour avoir voulu exister en tant que personne et non en tant que femme emprisonnée dans un carcan de règles archaïques avec pour seule identité celle de la femme soumise aux lois de l’homme. 

[Article publié
 ici.]

Leïla

par AZRIYAS, lesbiennes et femmes libres publié dans : Féminismes
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Lundi 28 janvier 2008

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Si beaucoup de femmes algériennes semblent se contenter des « avancées » du projet de réforme du code de la famille, les féministes crient au scandale. C’est sur la question du tutorat que se focalise le débat. [vendredi 11 mars 2005]
Il est déjà tard, ce mardi 22 février, lorsque le Conseil des ministres aborde le troisième point d’une réunion sous la présidence du chef de l’État. Après la loi sur les hydrocarbures, la suppression du 19 juin (NDLR : anniversaire du coup d’État de Boumedienne destituant Ben Bella en 1965) de la liste des fêtes légales, c’est le code de la famille qui vient à l’ordre du jour. Contrairement aux précédents points, on ne parle pas de loi, mais d’ordonnance.
L’avant-projet est examiné, puis approuvé par le Conseil des ministres. Quelques minutes plus tard, le communiqué officiel fait état d’« avancées » qui viennent « concrétiser un des engagements majeurs du président de la République en faveur de la promotion de la cellule familiale en général, et du statut de la femme en particulier ». Suit alors le détail de ces « avancées les plus significatives ». La première d’entre elles fixe l’âge légal du mariage à 19 ans pour l’homme comme pour la femme. Auparavant, cette dernière pouvait se marier à 18 ans révolus, alors que l’homme devait attendre 21 ans. Vient ensuite la question de la tutelle matrimoniale. Dans le nouveau texte, la présence du tuteur (wali) est maintenue pour la femme qui souhaite se marier. Et c’est là que le bât blesse. Pour les féministes, il s’agit d’un revirement total du gouvernement qui avait avalisé la suppression du tutorat le 18 août dernier. Au final, la « nouvelle » disposition ne change pas grand-chose au texte existant. En effet, dans l’article 11 actuellement en vigueur, « la conclusion du mariage pour la femme incombe à son tuteur matrimonial, qui est soit son père, soit l’un de ses proches parents. Le juge est le tuteur matrimonial pour la femme qui n’en a pas ».
« Cet article diminue la valeur du consentement de la femme, déplore Nadia Aït Zai, juriste de formation et présidente du Centre d’information et de défense des droits de l’enfant et de la femme [Ciddef]. Or, aujourd’hui, on a inversé les choses. C’est la femme qui conclut son contrat de mariage, mais en présence de son tuteur. Cette disposition introduit une ambiguïté de plus. On s’interroge : comment va se traduire la présence du tuteur ? Est-elle simplement symbolique ? » En théorie, le wali ne peut empêcher la femme de contracter mariage si elle le désire et si cela « lui est profitable ». « Toutefois, lit-on dans l’article 12, le père peut s’opposer au mariage de sa fille vierge si tel est l’intérêt de sa fille. » De la même manière, dans le nouveau dispositif, le wali peut a priori empêcher un mariage en étant absent lors de la signature du contrat. La condition de la présence du tuteur est donc un « fer au pied », estime Nadia Aït Zai. « C’est comme si les femmes avaient toujours besoin d’une protection. » Pourtant, la présidente du Ciddef se défend d’être hostile à la famille. « Nous n’avons pas l’intention de rejeter nos parents, explique-t-elle. Mais nous voulons garder notre liberté si notre tuteur n’approuve pas notre union. »
Les avis divergent sur cette question. Si les associations féminines dénoncent à l’unanimité le maintien du tutorat qui fait de la femme « une mineure à vie », certaines Algériennes formulent un avis plus nuancé, à l’instar de Malika Koriche, ancienne combattante de la guerre de libération nationale. « Le père doit être présent au mariage de sa fille, surtout si la jeune fille se marie pour la première fois. C’est dans l’islam, affirme l’ancienne moudjahida. C’est mieux que si la femme est libre et se retrouve seule à son mariage. La famille, c’est important. Si mon père n’avait pas accepté mon union, j’aurais renoncé. »
Malika Koriche reconnaît tout de même que « la jeune génération a changé ». Mais elle juge que, dans l’ensemble, le nouveau texte est « une bonne chose » pour la femme algérienne, au moins pour la question du divorce. Auparavant, en cas de séparation, le domicile conjugal unique revenait de droit au mari.
Cet article, fortement décrié par les militantes, entraînait souvent des situations dramatiques. La femme divorcée pouvait se retrouver à la rue avec ses enfants. Désormais, le nouveau texte prévoit « l’obligation pour l’époux d’assurer le logement à ses enfants mineurs dont la garde est confiée à la mère ». Mais une nouvelle fois, l’ambiguïté de la formulation interpelle les féministes. Dans un pays où la crise du logement est littéralement endémique, le sujet est crucial. « Cette question va devenir l’enjeu de batailles juridiques entre les deux parents, commente Louisa Aït Hamou, membre du réseau d’associations féminines Wassila. Chacun réclamera la garde pour conserver le logement. J’estime qu’on n’a pas cherché l’intérêt des enfants. »
Malgré les faiblesses d’un texte qui n’a pas encore été publié dans son intégralité, la plupart des Algériennes semblent se contenter des modifications annoncées. « Il est tout à fait normal qu’une jeune femme se marie en présence de son tuteur, indique Najjat Belbachir, chef d’entreprise à Oran. Il est responsable d’elle et peut être un accompagnement. C’est dans nos traditions. Maintenant, pour une femme divorcée ou d’un certain âge, c’est excessif. Mais je pense qu’on ne peut pas tout demander d’un coup. On ne peut pas, comme ça, aller d’un extrême à l’autre. Il faut que ça change petit à petit. »
En attendant un changement en profondeur, d’autres évolutions sont prévues dans l’avant-projet d’ordonnance. La polygamie est maintenue, mais soumise à de nouvelles restrictions. L’accord préalable de toutes les épouses sera aussi nécessaire que l’autorisation du président du tribunal qui devra « vérifier le consentement ainsi que les motifs et l’aptitude de l’époux à assurer l’équité et les conditions nécessaires à la vie conjugale ». Le mariage par procuration est également supprimé. Alors que, jusqu’à présent, l’épouse devait « obéir à son mari » et lui « accorder des égards en sa qualité de chef de famille », « l’équilibre en droits et en devoirs entre les deux époux » est désormais rétabli. Mais cela ne suffit pas pour les féministes : « La suppression de la tutelle est essentielle si on veut parler d’égalité, s’insurge Louisa Aït Hamou. C’est vrai qu’on ne peut pas changer les mentalités en vingt-quatre heures, mais là, après tant de promesses, on ressent ça comme une insulte. » Qu’à cela ne tienne, les femmes n’ont pas dit leur dernier mot. La lutte continue.
Par AÏDA TOUIHRI, lintelligent.com
  

Leïla
par AZRIYAS, lesbiennes et femmes libres publié dans : Féminismes
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