Dimanche 23 mars 2008

[Suite de l'article de Nella Nobili, publié dans Le Magazine Littéraire n°163]



ReneeVivien-NatalieCliffordBarney.jpgLes folles amours de Renée Vivien et de Natalie Barney défrayent alors les chroniques, mais elles sont facilement admises car leurs protagonistes font partie des excentriques intouchables, artistes et milliardaires. L'oeuvre de Renée Vivien, versificatrice prolixe, demeure comme un témoignage de moeurs et de mode d'un moment somme toute privilégié, représentatif d'une face du lesbianisme par ailleurs réprimé. C'est l'époque où les suffragettes descendent dans la rue pour obtenir les droits les plus élémentaires des femmes.
On fait volontiers l'amalgame de ces femmes avec les "viragos" et les "homasses" lesbiennes.
Ce mouvement, dès ses débuts, est combattu et la vague de répression englobe toutes ces femmes qui veulent se singulariser, se "libérer". Toutes se heurtent à la même réprobation publique.

Plus efficacement, cette fois, la psychiatrie prend la relève. On commence par dissocier, disséquer le transport amoureux qui, surtout chez les femmes, forme réellement un tout: sentiment, sensualité, sexualité. Réduit la seule sexualité - auparavant l'Eglise avait réduit de même les choses du sexe à la bestialité - l'amour lesbien devient sous la plume prolixe de ces Messieurs l'expression de toutes les perversions polymorphes de la femme.

« C’est le phallus symbolique qui manque à la femme et que l’homosexuelle rêve de posséder, malgré qu’il puisse être, à l’état normal, remplacé pour elle par l’enfant. »

Voilà, le masque est jeté ! La femme a un devoir et un seul : mettre au monde des enfants. Hors de cela point de salut.


Et puis il y a les manque qui se rattachent à la prétendue infériorité féminine. Le phallus ! Les hommes, même les plus subtils, ont utilisé cet argument-clef pour expliquer aux femmes égarées dans les amours lesbiennes, leur incommensurable misère sexuelle due au manque de l’objet miracle qu’ils sont les seuls à détenir.

Analystes, poètes, écrivains ont stigmatisé l’inconfort provenant de ce manque fatidique dans l’amour lesbien, amour insatisfait par excellence. Dans ses beaux et terribles poèmes « maudits », Baudelaire n’échappe pas à tous les poncifs du genre. Les contempteurs de ces amours omettent l’essentiel, à savoir que tout amour-passion porte en lui la sensation d’inassouvissement.

Ni hormonal ni schizophrène, l’amour lesbien est un moment entier et complet dans la vie d’une femme. Il dure parfois toute une vie et procède souvent d’un désir, d’une nostalgie d’une autre soi-même qui serait à la fois la sœur, la mère, l’amante et aussi, pourquoi pas, le mari.


Cet amour recèle une part de narcissisme, que l’on trouve dans toute forme d’amour, avec la secrète mouvance d’aller vers soi à travers l’autre. Ici, l’autre apporte en don les sensations merveilleuses de la première, inscrites dans la mémoire cellulaire de chacune d’une façon indélébile. Les seins, le ventre doux et chaud, le nid maternel protecteur, consolateur et accueillant, attirent autant la fille que le garçon. Ce dernier, dès sa puberté, n’a pas de cesse que de retrouver ces sensations avec les femmes. Les adolescentes, dans cette quête identique, ne trouvent pas ce qu’elles cherchent dans les premières étreintes maladroites de leurs partenaires.

 

Confrontées à une sexualité qui leur est étrangère, une grande partie des femmes préfèrent ne pas vivre leur propre sexualité mais subir leur partenaire, plutôt que de revendiquer une part plus entière dans la découverte de la jouissance. Toutes les enquêtes révèlent l’insatisfaction profonde des femmes sur le plan sensuel-sexuel. Ce refoulement sensibilise d’autant plus leur vie sentimentale comme par un jeu de sublimation acquis, par ailleurs, en mimant le comportement de leurs mères.

 

Tenter de dire l’amour lesbien est une entreprise difficile. Son approche demeure pourtant possible. Les sensations foudroyantes décrites par de nombreuses femmes lors de la rencontre amoureuse avec une autre femme, paraissent surgir des profondeurs de l’être féminin où dorment toutes les potentialités archaïques de l’être humain, auquel il n’a été donné de vivre  qu’une infime partie de ses possibilités amoureuses.

 

Aujourd’hui les femmes plus libérées approchent cet amour sans complexes. Parce qu’elles peuvent vivre indépendantes, avoir des enfants hors mariage, les femmes choisissent librement ses amours qui, d’ailleurs, au cours d’une vie, s’alternent parfois avec un égal bonheur avec des amours plus conventionnelles.

Pour nombre de femmes, l’amour lesbien demeure un choix, une possibilité dans la recherche du bonheur, auquel les générations actuelles s’appliquent avec un acharnement tel qu’il est devenu pour elles un but, un idéal de vie.

 

 

par AZRIYAS, lesbiennes et femmes libres publié dans : Lesbianismes communauté : Culture Lesbienne
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Commentaires

Cet article est passionnant. J'aime beaucoup "l'incommensurable misère seuxelle". ;-)
Par contre, je n'avais jamais pensé au "nid maternel"...

Merci.
commentaire n° : 1 posté par : Madi le: 27/03/2008 22:10:34

Je vais essayer d'en mettre d'autres ... Bisous, Madi.


réponse de : AZRIYAS, lesbiennes et femmes libres (site web) le: 09/04/2008 21:24:59
Merci pour ce site, merci d'exister...
Je suis une lesbienne blanche française et je suis à fond derrière vous.J'ai ajouté le lien de votre site sur mon blog.
Il faut que les lesbiennes maghrébines soient plus visibles, ils faut qu'on entendent leur voix si souvent ignorée y compris au sein de la communauté lesbienne.
lesbien.canlblog.com
commentaire n° : 2 posté par : katasandan (site web) le: 14/04/2008 13:51:04

Merci, Kat, je viens de voir ton com ...


réponse de : L (site web) le: 12/06/2008 22:23:59
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