
AZRIYAS
blog des lesbiennes maghrébines et des femmes libres
Que vous soyez straight, lesbienne ou indéfinie ET libre, cet espace est pour vous. Il est ouvert à toutes les plumes, si vous avez
un article ou besoin de vous exprimer ponctuellement (ou régulièrement) sur ce blog, vous êtes les bienvenues.
Pour fêter le printemps comme il se doit, nous allons consacrer quelques billets à l'amour lesbien.
Cet article est tiré d'un ancien numéro du Magazine littéraire, datant de (cette bonne année) 1980 ! Il retrace l'amour lesbien à travers les âges. Cet excellent extrait du dossier
consacré à l'homosexualité est écrit par Nella Nobili.

Le primate femelle qui, le premier, se lia de tendre affection avec la favorite du mâle dominant et se procura ainsi, avec baisers et caresses, une protection et une meilleure
nourriture, fut certainement le premier chaînon qui, à travers la fragile Lucy, nous permet de remonter l'échelle incertaine conduisant aux hommes et aux femmes jusqu'au creuset où se fondit
l'amour lesbien avant Lesbos.
Trop occupé à chasser les mâles au rut impérieux, ce mari trompé ne s'offusqua point de l'idylle de son épouse avec sa congénère. Obnubilé par sa puissance, il put croire qu'une deuxième femelle
avait pris place dans sa couche pour se soumettre à son irrésistible emprise. Et il toléra cette intruse sans chercher plus loin, du moment qu'elle avait l'odeur femelle.
Ce schéma dut se répéter pour nombre d'humanoïdes, avec un égal bonheur et avec le meilleur profit pour tout le monde.
Jusqu'au jour où la culture culturelle s'en mêla.
Les premières manifestations d'intolérance à l'égard de l'amour lesbien apparurent lorsque certaines religions inculquèrent aux femmes le sentiment du péché. A partir de ce moment, elles durent
se cacher pour toutes sortes de transgressions qui allaient - avec une belle unanimité - dans le sens de l'assouvissement de leurs désirs.
Ces transgressions charriaient l'inévitable cortège de mensonges, culpabilités, deuils. Et cet amour-là fut maudit avant d'être réprimé et puni par le pouvoir en place, et plus tard par la
psychiatrie des sociétés.
Les traces historiques et littéraires que l'amour lesbien a laissées avant le XIXème siècle sont minimes. Une exception, l'oeuvre de Sappho. Elle brille comme un soleil noir à travers les
siècles mais nous n'en possédons que des fragments.
En effet, se sécrits sont brûlés à deux reprises (au IIème siècle et vers 380).
Une autre littérature - les minutes de procès pour perversité sexuelle - relate au fil du temps les répressions auxquelles l'amour lesbien a été soumis.
Ainsi en 1535 une femme qui portait des habits d'homme est brûlée à Fontaines, une autre est pendue pour le même motif à Vitry-le-François.
Au début du XIIIème siècle on trouve quelques traces de l'amour lesbien dans un copntexte plus propice. En plein amour courtois, une femme, Bieiris de Romans, s'adresse à une autre
femme:
" ... Je vous prie, s'il vous plaît, et au nom de l'honneur,
de ne point accorder vos faveurs à un rustre
Belle dame en qui joie et mérite s'exaltent,
et gentil parler aussi ... à vous je destine mes strophes;
car c'est en vous que sont bonheur et gaité
et tout le bien qu'on peut d'une femme espérer."
Les amours lesbiennes occuperaient un espace plus important dans la littérature si de nombreuses femmes écrivains, avant le XIXème siècle, n'avaient sans doute préféré déguiser leur héroïne avec
un habit et un nom masculins, ou signer leurs écrit d'un nom d'homme, pour rester fidèles à une image immuable et figée de la féminité avec laquelle on n'a jamais transigé.
L'histoire parallèle et non écrite des amours féminines des reines et de leurs favorites, ces fidèles amies qui les suivaient jusque sur l'échafaud, pourrait constituer un genre à part dans une
littérature lesbienne inexistante.
Pour ces femmes régnantes, les amitiés féminines étaient bien plus qu'un simple "repos du guerrier" entre deux accouchements royaux. Les épouses impériales trouvaient en elles de grandes
consolatrices, parfois des conseillères.
L'amour lesbien a pu s'épanouir facilement durant les longues absences des hommes occupés par des guerres interminables. Comme il peut naître dans des lieux de réclusion tels les harems et les
prisons. Mais cela n'est pas suffisant pour en déduire qu'il s'agit là d'un amour de remplacement, mieux admis et mieux toléré parce qu'il ne porte pas atteinte - en apparence - à l'honneur
conjugal.
Il n'en est rien. Les interessées sont bien placées pour savoir quels ravages cet amour porte avec lui, comme tout amour qui opère une incursion dans le territoire du couple établi.
Cette expression amoureuse enfin était et reste, dans une certaine mesure, persécutée car elle contient en germe le facteur de subversion qui s'attache à toute manifestation parfaitement
gratuite. La non-finalité génétique, l'expression, du désir hors normes, l'amour pour l'amour, la recherche des plaisirs interdits, peuvent détourner le sens de l'évolution d'une société
établie selon certaines normes, et par là même accélérer sa décadence, sa perte.
L'avènement de la psychiatrie a bien failli porter un coup fatal à l'existence de l'homosexualité féminine. Dès le début du XXème siècle, l'acharnement thérapeutique - prenant le relais des
instances religieuses, avec un égal malheur pour les femmes - a voulu normaliser, guérir, banaliser des personnalités fourvoyées; celles de femmes porteuses de "troubles sexuels". Cette
définition, souvent, a été moins anodine, désignant ces troubles comme des perversions, des névroses, de la folie. Les amours interdites, damnées auparavant, ont glissé naturellement dans la
pathologie médicale psychiatrique.
La sorcellerie, d'abord, l'hystérie ensuite, en permanence
l'amour lesbien est ainsi voué aux gémonies. Explication commode autant que tendancieuse et inexacte. Avec la dérision en prime.
En 1889, dans le Guide des plaisirs, une brasserie lesbienne de Montmartre est signalée comme curiosité pathologique ...
Début 1900, les moeurs, la mode, le féminisme naissant, ont poussé nombre de lesbiennes à assumer des rôles et des attitudes stéréotypés. La "garçonne", produit d'une vogue vestimentaire, est
célébrée par une littérature masculine essentiellement voyeuriste qui projetait ses fantasmes dans l'espace des libertés de pacotille de la Belle Epoque.
[ à suivre ! ]
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